ISABELLE VAILLANT
Photographe indépendante, née à Paris et mère de trois enfants, est élevée par sa grand-mère dans le Maine-et-Loire.

Son père est marchand de meubles, sa mère esthéticienne. A lʼâge de 14 ans elle quitte les Pays de Loire pour sʼinstaller au Mirail, à Toulouse.

Elle réalisera sa première photo avec un instantané, lʼaccouchement de sa mère à la maternité. A 17 ans, elle a déjà abandonné lʼécole et décide de partir vivre sa vie sur les routes, seule. Ses pas la conduiront en Bretagne, où elle sʼinstalle dans des conditions précaires. La nature devient son refuge.

Elle vit dans une caravane à lʼair libre. Elle survit de petits boulots. Travaille sur les marchés. On lui offre son premier appareil photo avec lequel elle dévisage son corps. Des autoportraits nus et fragmentés sous une lumière saillante. Un érotisme froid, presque désincarné. Autodidacte, elle décide dʼapprivoiser lʼappareil photographique, un langage avec lequel elle parvient à écrire des images.

Elle trouve un emploi dans un journal local pour lequel elle passe ses journées dans lʼobscurité à développer les clichés des correspondants régionaux. Son rédacteur en chef lui confie alors un petit travail dʼinvestigation. Elle part à la rencontre des habitants, investit leur cadre de vie à la recherche de leur intimité et de leur voix singulière. Elle fait là ses premiers clichés « professionnels ».

Sur les pellicules inutilisées, elle fait poser sa fille aînée pendant ses jours de congé. Dans la beauté inouïe des paysages armoricains, au milieu des forêts irréelles, son univers impressionniste prend forme. Lʼadolescente a les yeux mi-clos ou nous perce du regard. Elle est allongée dans un champ ou se languit dans les bras dʼun arbre mort. Immédiatement, ses tableaux bucoliques en noir et blanc donnent lieu à des vues saisissantes de poésie, de gravité et de magie. La fragmentation du corps humain dans lʼespace, lʼunivers austère et intimiste, lʼomniprésence de ses enfants mis en scène dans une nature environnante fantomatique et chaotique, son rapport avec sa propre nudité, révélera Isabelle Vaillant à un monde où la solitude et lʼerrance des êtres deviendront une thématique récurrente dans son oeuvre.

En 1998, elle suit une formation à Nîmes. Dans le même temps, elle fait la connaissance de grands noms de lʼimage : Jean-François Bauret, Jacqueline Salmont, Bernard Plossu, Letizia Battaglia.

Deux ans après, cʼest sa première exposition à la Galerie du Forum à Toulouse, Les Autoportraits, qui sera accrochée en France et à lʼétranger, notamment au Japon où elle rencontre un grand succès. Elle commence à vendre des tirages à des collectionneurs. A partir de 2001, une collaboration avec le Conseil Général des Côtes dʼArmor, la conduira jusquʼà aujourdʼhui à répondre à une dizaine de commandes. Série de portraits dʼhabitants et installation sur les Tours de la Croix Saint-Lambert ; à Belle-Ile en Terre, un travail de trois ans à la papeterie Vallée sur la mémoire du paysage et des lieux.

En 2005 elle entame un long travail sur le Corps et la Confidence où elle recueille dans une caravane lʼintimité de pas moins de 1200 habitants. La même année, à Guingamp, cʼest un projet ambitieux de rénovation de lʼespace urbain qui sera le prétexte à un voyage dans la mémoire et la parole des habitants.

Elle explore le thème du « merveilleux » en compagnie de la plasticienne Isabelle Grelet au château de la Roche …

En 2008, sa grand-mère décède. Elle réalise une série de clichés sur son lit de mort. Affectée par sa disparition, elle débute ensuite un travail personnel, « LʼOrée ». Elle expose à Plérin puis à lʼArtothèque de Grenoble. Son oeuvre devient plus grave. La lumière est plus rare, les paysages de plus en plus désolés et fragiles. Elle travaille avec un 6x6 argentique, un appareil lourd et encombrant porté autour du cou. Elle dit vouloir photographier avec son ventre, faire de la photographie une échographie. Les voyages à lʼétranger se succèdent. Elle découvre lʼAsie.

En 2012, elle entame avec la Mégisserie une série de portraits sur la communauté humaine à Saint-Junien, dans le Limousin. La Galerie du Château dʼEau (Toulouse) lui commande un travail similaire. Elle retrouve alors des années après, les lieux et les visages de son adolescence érodés par le temps.

La même année, elle est invitée par Gwin Zegal, Association Centre dʼArt de Guingamp. Elle côtoie un ermite, le curé de Callac, des fidèles et des ecclésiastiques. Pendant les offices religieux, elle se rapproche des rituels, des regards contrits, des mains jointes.

Depuis une quinzaine dʼannées, sa recherche très personnelle sur le corps, la nudité froide, lʼenfance, lʼisolement et la solitude, le rituel, les paysages âpres et désolés, une nature organique et inquiétante, a inspiré un travail de milliers de clichés où lʼatmosphère onirique, le silence, le contraste brutal des regards, définissent Isabelle Vaillant comme une artiste de lʼintérieur, entre le secret cher à Diane Arbus et lʼintrospection tragique de Francesca Woodman.

Ses mises en scène, le mélange troublant du vrai et du faux, les longues pauses de lʼappareil et la vitesse lente, nous racontent une appréhension du monde où le temps suspendu est sur le point de basculer à chaque instant, faisant apparaître ou disparaître les choses que lʼon croit figées sous nos yeux.

Elle travaille actuellement à une rétrospective de son oeuvre et à lʼédition dʼune monographie.

Mohamed Rouabhi [Ecrivain et metteur en scène] 2014